Jungle et Azul

San Cristobal 1er septembre / 20h :

Nous revoilà deux, nous revoilà binômes, le temps d’écluser les derniers souvenirs du trio et nous jetons nos bagages dans un bus. La nuit est lourde du sommeil des justes. Matt a oublié l’isolation parfaite des bus mexicains et au réveil son téléphone est noyé, comme une partie du « funky sac ». Peu importe, nous n’avons pas assez de temps pour nous soucier des encombrements de la vie, des impondérables du voyage, des inadvertances touristiques.
Au réveil, c’est Palenque. Nous partageons le taxi avec un couple espagnole pour rejoindre le lieu-dit « El Panchan », au bord des ruines et en pleine jungle comme l’atteste le nom des cabanas qui s’offrent à nous : « Jungle Paradise ». Bien que nous soyons au 1er étage, le parterre de fleurs monte jusqu’à notre balcon. Un jour off pour se remettre des vacances avec Flo, puis visite des ruines. Au détour d’un temple aztèque, nous entamons une discussion avec un couple de français, Aurore et Max, plaisir de partager, nous leur soumettons le resto d’El Panchan avant leur départ. Les ruines de Palenque perdues dans la jungle sont un aperçu d’Indiana Jones, le temps lourd de la saison des pluies aide à s’imaginer une quête éperdue vers les trésors précolombiens. Le retour se fait à patte pour profiter des cris d’oiseaux, mais la voiture de loc de nos frenchy passe par là et c’est avec plaisir que nous embarquons pour un hitchhiking imprévu. Direction le resto en question ! Nos nouveaux amis testent les sombréros (toujours autant de succès !), ils font une boucle mexicaine et nous en profitons pour noter quelques coins avant d’utiliser leur gentillesse et leur voiture une dernière fois pour faire une petite visite de Palenque. Le soir tombant, la jungle nous réserve un son et lumière d’éclairs et d’orages, plaisir de saison. Notre cabana, un peu primaire, laisse tomber quelques gouttes sur nos lits. Heureusement nous ne serons pas inondés et un chat trouvera même refuge sur nos sombréros.

Max et Aurore sombrero

Max et Aurore, français de bons conseils!

Mardi 3 septembre : journée flotte

Nous sommes partis voir Agua Azul, nous avons vu Agua marron. La ballade valait tout de même le coup, au moins pour la baignade à contre-courant ! Nous avions décidé de ne pas prendre de « Tour », succession de site que le touriste paye pour maximiser son calendrier. C’est donc par nous même que nous rejoignons la cascade de Misol Ha. Le coin est connu pour ses indépendantistes et nous devons payer pour utiliser la route qui mène au site. Payer alors que nous sommes à pieds ! Oncle Greg serait derrière nous, nous serions curieux de sa réaction ! Déjà dans le bus nous avions pu apercevoir les techniques locales : deux filles de chaque côté de la route, tendant une corde pour stopper les voitures et recevoir une « taxe ». Bref, nous payons et nous passons. Les français nous ont prévenu, c’est un torrent de flotte sur la gueule cette cascade. En effet la saison des pluies brunit l’eau des lacs mais elle emplit les torrents à foison ! Nous croisons quelques touristes qui remontent de la chute d’eau : « I tought the weather was better inside the waterfall ! ». Ehe ! Môsieur est trempé, lui, ses fringues et son sac. Nous laissons tout pour ne garder que boardshort (il parait que le mexicain est pudique ! ;) ) et gopro. Effectivement, c’est la grotte de Long John Silver, balayé par une tempête de flotte qui nous attend à l’intérieur. Génial ! Dangereux ? ;)

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Paco dans la tempête de Misol Ha

Retour en collectivo et une dernière bière avec nos voisins anglais d’El Panchan avant de filer vers la ville. Au terminal de bus de Palenque, nous recroisons deux jeunes (que nous avions déjà oubliés). Revoir des têtes, c’est être sur une route touristique, certes, mais c’est toujours sympa. Notre bus (de nuit comme d’hab’) nous emmène à Tullum. Ce n’est pas la saison mais nous espérons voir de l’eau Turquoise !! Direction les caraïbes ! L’arrivée au petit matin se fait sous des trombes d’eau (oui oui nous avons diminué le pourcentage de soleil de notre voyage !). On s’en fout, nous on est en claquettes ! Le site archéologique n’est pas bien grand mais rempli d’iguanes, attention de ne pas les écraser ! Au détour du mirador, la couleur, la couleur tant attendue, celle qui rappelle les coins perdus de Bretagne, mais de la couleur à 30°C, la flotte est turquoise et le sable blanc, instant magique. Nous pouvons le dire, nous sommes deux connards au bord des caraïbes qui préfèrent se prélasser dans ce bain chaud, à mater le ciel prendre sa teinte bleue dans l’eau, plutôt qu’à profiter des bienfaits de la climatisation sur l’humeur française. Magique !

Ce qui trotte dans notre tête c’est masque et tuba / snorkeling et plongée ! Premier test de snorkeling dès le lendemain. Nous décidons d’enfourcher les vélos pour rejoindre Gran Cenote, grotte paradisiaque dont le Mexique raffole et où les tortues jouent à cache-cache dans une eau transparente. Notre paire de lunettes de plongée a une durée de vie de 2h. Nous les troquerons rapidement pour un masque dans le backpack avant de redescendre vers le sud. Direction Mahahual, Max et Aurore nous ont vendu ce bled absent de notre guide comme un pur spot de plongée. Nous n’y connaissons rien, c’est pour cela que nous y allons !

paco velo cenot

Après l’avion, le bus, le pouce, le bateau…

Pfffff…Je me maaärre !!!

Mexico. Nous venons de surplomber la vile en avion, ça semble immense, bordélique, montagneux, urbain. Le vol a décollé de Los Angeles pourtant,  mais rien à voir, décollage, décalage. Ici, nous sommes accueillis chez Flo, un pote en VIE à DF (l’autre nom de Mexico City, prononcer Dééfé). Nous prenons 2 jours pour visiter la ville, Musée de l’anthropologie, ruine de Teotihuacán en Banlieue, petite pulqueria pour goûter l’artisanat local et quelques soirées d’expats avec les amis de Flo.

Culture et tradition

Vendredi 16 Aout.

Ce we, c’est le début des vacances pour notre guide, en route vers les paysages mexicains pour deux semaines. Jouons les touristes ! Direction Oaxaca, pueblo typique avec ses maisons basses colorées et son zocalo animé de musiciens du coin. Première étape des vacances pour notre guide : acheter des sombreros, les plus grands possibles. Quelques tours organisés en mode touriste, Hierve Agua, des ruines aztèques comme Monte Alban, Mitla, un atelier de tissage / magicien des couleurs qui avec une chenille et trois bouts de cactus change le bleu en rouge vif / et évidemment une fabrique de mezcal.

Fabrique Mescal

Nos sombreros ont la côte … les clics d’appareils photos se font entendre sur notre passage…

Sombrero Monte Alban

La suite se déroule sur la côte, Puerto Escondido  et sa plage de surf. Mazunte au doux bercement des lits suspendus, en haut de la falaise, réveil à la lueur du soleil sur le (faux) Pacifique. Derrière nous la jungle. Après une étape surf dans le bled de Zipolite, nous quittons la côte pour la région de San Cristobal à la recherche des merveilles du Chiapas. Détour sur des cascades, de l’eau azur…ou presque, la saison des pluies bat son plein mais nous empêche pas de sortir en Lancha ou de tenter une pêche au gros.  Nous arrivons après Santa Rosa à Chamula, mais les coutumes nous laissent tout de même sans voie.

Mexico avec FLo

Flo nous explique les traditions locales, nous guide entre les lignes de bus et les menus espagnols. C’est plaisant de découvrir un pays avec quelqu’un qui connait le coin. Bref des vacances agréables, sportives et culturelles, dépaysantes avec notre ami Flo que nous quitterons avec regrets dans les rues de San Cristobal.

On aurait pu  avoir Jean Luc comme guide. On aurait pu sortir nœud pape et cravate pour le rencontrer. On aurait pu :

  • Se faire accueillir par 200 groupies
  • Pointer du doigt la future femme de Jean Luc au milieu d’une foule.
  • Se faire abandonner à 5H du mat dans une boite de DF.
  • Passer par San José Del Pacifico goûter les productions locales.
  • Manger le ver du mezcal
  • S’essayer au Temascal
  • Retourner les bars de San Cristobal
  • Faire demi-tour pour récupérer des fringues
  • Danser les sardines
  • S’enivrer dans une église
  • Passer à « Vidéo Gag Mexico »
  • Payer des notes de nettoyage car Jean Luc nous aurait envoyé dans des traquenards.
  • Mater la soupe aux choux
  • Tester les proverbes locaux : « Après 5 mezcales, tu ne vois plus ta main »
  • Se faire menacer à coup de machette en pleine nuit
  • Se contenter d’un thé
  • Finir chez un juif arabe dans une banlieue de Mexico ultra surveillée
  • Dire non
  • Aller au Guatemala plutôt que visiter le Mexique
  • Faire un rallye bar pour dire au revoir à notre Jean Luc, qu’aurait pu être un sacré guide.

On aurait pu…

Jean-luc ne me vois pas

Schizophrénie conductrice

Une touche féminine dans ce monde de brutes, sales et épaisses, rustres, violentes et non civilisées que sont nos deux nouvelles accompagnatrices vos deux serviteurs. Une touche féminine est venue se glisser dans notre voyage. Pour nous forcer à nous laver, sourire, s’entretenir de politesses et glisser une lueur de victoire. La « Win » nous accompagne, Lucie et Marianne ont débarqué à San Francisco, la première pour un mois avec nous, la seconde pour une semaine avant d’embarquer pour des îles lointaines. Les visites se font causantes, ça nous change d’avoir de la compagnie. La langue française joue aussi. On parcourt SF  à vélo, on se balade dans le Golden Park. Les filles nous obligent à troquer nos soirées entre couilles pour des pas sur les dancefloors de boites où entre les 3 chaises d’un troquet.  Les jours défilent,  Marianne s’envole, il est temps pour le nouveau trio d’aller louer une caisse pour découvrir les terres californiennes.

Milkshake's love 2

 

Schizophrénie conductrice

Plus de 80 heures de route, comme traverser une dizaine de fois la France. Ce n’est que le Sud-Ouest des Etats Unis. Californie, Nevada, un petit saut en Utah. Les territoires sont immenses et les paysages vont avec. Entre 2 montagnes, des plateaux s’étendent sur des kilomètres. Les pics Alpins n’ont pas leur place ici. Il faut du recul pour apprécier l’ensemble de l’œuvre. 80h / +de 3 000 miles. La moitié certainement sur des routes sans virages. Juste les mirages de la chaleur et les rivages des parcs. Contempler le jour tomber sur la route tout en pilotant l’automatique comme un jeu vidéo. Traverser Yosemite pour rejoindre une zone de treck. Le backpack ne pèse  plus lourd, juste de quoi tenir deux jours avant de remonter sur le cuir pour un nouveau rêve. Poser la caisse au milieu de nulle part. Sunset sur Zabriskie Point, dîner à la lueur des phares, sieste sous la lune à la chaleur de Sand Dunes, réveil du sable pour nous rappeler qu’à moins de 45min de voiture nous pourrons saluer le soleil de l’autre côté de la vallée pour une vue dantesque. Attirance mystique, sur une autre rive l’astre réchauffe le dos d’une miss étendue sur la plage alors qu’ici il se contente de venir trinquer nos bières matinales sur ce sommet. Seuls au milieu de la nature grâce à un volant, grâce à ce fin trait noir en bas de la vallée. Avançons. Tous les sunsets sont à portés de roues.

Le rythme d’une voiture. Les rapports passent, les kilomètres brûlent les pneus. Brûlent notre temps, le nombre de stations essence remplace les heures.  Nous enchaînons les lieux, les lacs, les parcs nationaux, les highways, les motels, les stations-services. Yosemite, American Diner, Chevron, Lake Powel, H101, Vegas, Navajos, Black Jack, John Muir, Sea&Sand Motel, 127°F, Road 66, motel pourave sans clim, dégustation de vin, réveil du soleil brulant à travers la vitre, rêve de jambes, fatigue fordienne. Les voitures sont faites à la chaîne, les voyages qu’elles inspirent y ressemblent. 350 miles à parcourir, demain il faut que la route soit courte avant le prochain spot. En 3 semaines les yeux se sont remplis, la mémoire sature, le flot de souvenirs déborde. L’ordre n’a plus d’importance.

 Nous rejoignons le troupeau de mouton conduit par les bergers Budget, Rentacar, Alama & tant d’autres rois mages. Un mouton ça ne communique pas ou peu.  Juste pour indiquer un champ bien vert ou une falaise bien abrupte de laquelle nous regardons le sunset au lieu de s’élancer dans le vide. Salutations distinguées à notre fidèle destrier, nous voilà de nouveau tout trois piétons in Los Angeles, ou presque… car oui les Hells Angels sont parmi nous… Une journée tout du moins, se sera Harley Davidson, Fat Boy, poignée dans l’angle et casque bol…

Harley3

Los Angeles, ville trop grande pour nos BM double pieds ! Nous nous reprenons une couche d’Amérique dans la gueule, nos pattes ont du mal à suivre. Grandeurs et décadences sur les étoiles d’Hollywood, marginaux élevés en stars sur Venice Beach.  Sous le regard des touristes, un mioche trust le skate park…installé sur la plage, Californie n’hésite pas. Derrière c’est une petite Venise qui s’étends sur des blocks.  Les plages de Malibu sont immenses. Seule Santa Barbara évoque une vie tranquille dans cette supermégalopole américaine. L’heure est venue de prendre notre deuxième vol du trip. On quitte Lucie après un mois, dans l’aéroport à peine réveillé. Pour elle retour en France, pour nous un tampon mexicain sur le passeport.

 

Blues sur les collines

De Fisherman à Fillmore, les collines s’égrènent sous les accords de blues. Les oreilles se tendent devant les bars. Des cris, «Yeah ! », de longs cheveux tournoient derrière la vitre, un vieux black chuinte ses désespoirs. Come on ! Une bière, quelques pas, buveurs et danseurs se sourient, s’échangent leur rôle. La piste vrille le temps d’une reprise de Chuck Berry. L’Amérique est superficielle, avantage lorsqu’il s’agit de partager un moment simple. La joie est là, les hochements de pieds le prouvent. Seul le chanteur crie sa tristesse _ « My baby is gone but I still wake up ». La basse slap, marche, reslap. La washboard frétille avant de laisser s’élancer un harmonica, Ihaa ! Les collines respirent jusqu’au bas de Mission District où les Mujejes Muralistas ont abandonné leurs tags révoltés aux nouveaux bourgeois de la côte ouest, venus se plonger dans la culture Beat de North Beach et dans les restes du Power Flower d’Ashbury et d’Haight Street. La légalisation du cannabis médicale a redonné un semblant d’authentique à ses quartiers. Semblant / la brume ne voile pas les faits. Tout ce monde surfe sur le tourisme de la baie pendant que les skateurs allongent les courbes de Russian Hill.

Au bout de Chinatown, un reste de Kerouac et de Ginsberg autour de la City Light Bookstore. Plus haut le Saloon survit, plus vieux bar de la ville, de North Beach du moins. Buck est aussi vieux que son rade et aussi aveugle que son enseigne. Il chope les bouteilles dans son dos, au toucher, pas besoin de regarder les étiquettes. Il semble voir par la musique et quel que soit le band qui joue ses yeux murmurent les paroles. Ses cheveux se confondent à sa veste de jean délavée. Rempli un bourbon / pas / ramasse les billets / … Show me/ the way / to the next … sur un rythme ternaire il emplit son bouge de sa présence. Le siècle libertaire est passé devant sa porte, s’est arrêté prendre un José Cuervo, noya ses espoirs dans la crinière d’une blonde virevoltant au fond du bar, avant de s’en aller. Laissant là le souvenir de ces sourires manqués et sur le zinc un shot vide de Wild Turkey 101 ou de Canadian Club. Au dehors, une âme perdue danse dans la rue à défaut de pouvoir désaltérer son foie à l’intérieur. Un black passe vendre son rap au quidam, démo sur le beat crachotant d’un Iphone poussé à fond. Un étrange zig montre ses ongles de pieds vernis, grand sourire sur les dents restantes. Au coin de la rue, le Caffe Trieste attend son futur Coppola.

En bas sur l’étrange frontière qu’est Market Street, des zombies craqués arpentent les blocks sud. Entre les hôtels de backpackers et le Civic Center. Oackland est trop violent, les collines trop durs à grimper défoncé ? La pause clope de fin de soirée se transforme en mission sociale. Dire non, écouter, rester indulgent, ignorer les agressifs. Une mama du coin aurait un gosse dans le tiroir, le matin même elle tendait des sachets d’herbes qu’elle essayait de refourguer aux nouveaux venus. Le Liquor store du carrefour coûte moins cher que la monnaie lâchée aux cadavres devant. Les backpackers quittent leur anglais pour se raconter l’étrangeté du lieu. Italien, Russe, Français, Allemand, Oz…tous ne parlent que de ça. Voyager, ce n’est pas qu’une suite de monuments à réciter l’œil fier, parfois c’est le souvenir d’une ville marchant sur des seringues.

Le Golden Gate Bridge se questionne. Laissera-t-il passer la brume sur un futur San Francisco cyber punk, comme cela se laisse imaginer aisément du haut de Dolores Park, au son de l’électro qu’une sono sauvage crache, ou bien effacera-t-il ces nuages pour replanter un tapis de fleur de Berckley à Sunset Beach ?

De ce qui est racontable

Où il est question d’une party inattendue, d’un karaoké au fin fond de l’Oregon, d’un salon de thé fortuit,  de la mère Theresa du triangle d’Émeraude, d’une côte perdue pour Independance day  et du dernier ride pour San Francisco.

Pouce levé, quelques bières ont suffi à nous exploser un sourire. Satisfaction d’avoir fini le premier treck, nous nous posons à l’entrée de Lake of the Wood en quête de touristes rentrant de leur week end. Un indélicat personnage veut nous chasser lorsque survient Merlin l’Enchanteur. Lui et sa femme nous délivrent par un charme qui nous restera inconnu et nous partons vers l’océan… Enfin l’océan est à 5/6h de route, et cet agréable ride ne durera qu’une heure.

« Vous allez à la fiesta ? »

20h, un vélo pétarade sur la highway au niveau de Grants Pass, Oregon. Le temps est lourd, les jambes aussi, le pouce ne se couche pas avant le soleil, voilà une bonne règle. Une Ford 77, un torse nu, des dreads dans le dos, la voiture stop d’une manière incisive près de nous. « I’ll go to a party, you to? … You go to the party? » Interrogation / sourire « You want to go to a party? », “Yeah, why not!” “So quick, I don’t want to see the cop” Interrogation / sourire. Le sac est jeté dans le coffre. La Ford vrombit, nous pensons comprendre que la « party » est un festival.  20 min de route, Weeks, notre conducteur, quitte la highway, tourne sur un joint et un sentier digne de ceux du Boom Festival, rassurant ? 10 minutes s’écoulent sur les amortisseurs de la bagnole. Weeks semble bien connaitre les lieux. Des voitures garées sur le bas-côté du chemin, sans hésitation la Ford avance.  Un panneau, l’entrée semble couter 30 ou 50 dollars, pour nous peu importe un panneau c’est déjà une présence rassurante d’organisation. Barrière, Weeks négocie, plus de 1000 personnes semblent être dans cette pampa. « On a Weeks à l’entrée, on fait quoi ? », notre pilote lève la voie sur une marmule qui cause au talkie-walkie. «T’emmerde pas, je connais la route ». Weeks n’a montré aucun ticket/aucune tune, et  malgré nos présences semble être sûr de lui. Il attend par politesse un signe des vigils. La tire s’enfonce un peu plus dans la forêt. « C’est mon camp, là, mais y’a des mecs qu’ont posé leurs caisses, je continue ».  Quelques minutes plus tard, sac sur le dos nous suivons ses pas et ceux de celui qui semble être le proprio du terrain. Le gars nous montre sa caravane nous invite à planter la tente à côté, nos voisins sont les artistes et les organisateurs. Weeks est parti chercher son djembé, il espère pouvoir jouer avec du monde dans la soirée. Brainstorming de quelques minutes entre nous pour prendre conscience de ce qu’on fout là. Cette nuit se sera Reggae in the Three. Du pur son, des gens peacefull dansant ou chillant peinard, une soupe de lentilles ultra épicée, des lumières psychédélisantes dans les arbres, étendus sur le sol, nous écoutons la basse vibrer sous les étoiles. Palier de décompression,  le matin même nous nous levions au sommet d’une montagne. « That’s so cool to be stone »

                « En fait on vous a pris parce qu’on est un peu saoul ! »

Le festoche se vide, nous avons aperçu Weeks affalé dans sa vieille Ford. Le sentier est bien plus long à pied et sous 40°C, les quelques caisses qui nous croisent sont toutes blindées. Un mec aura l’amabilité de nous ramener sur la highway. 14h plein cagnard, peu de flotte, et un doute subsiste sur la direction.  Rien, un tennis imaginaire, rien, un coup de klaxon furtif, rien, des mecs s’arrêtent et tendent 2 bouteilles d’eau, ils habitent le coin et sont passés 2 fois devant nous. Geste sympa. Rien mais nous avons le sourire aux lèvres. 2 rides nous ont été volés par des autostoppeurs placés un peu plus loin sur la route. Rien, le sourire est figé, faut dire que nous avons 8 mois devant nous, le temps ne presse pas notre humeur. Une vitre s’ouvre, « Vous allez où » « l’océan ? » « OK nous aussi, on habite là-bas ». Là-bas, c’est Brookings, ville qu’on visite pour son brouillard, ses bars old school, ou bien pour rendre visite à sa tante friquée en retraite sur la côte. Les filles sont joviales, elles étaient parties en weekend end pour l’anniversaire de l’une d’elle, un peu pompet, c’est la première fois qu’elles prennent des stoppeurs. Ebriété légère qui nous arrange bien. Ce soir nous serons à Brookings. Longue route qui finit dans un bar karaoké où un chanteur tape ses solos avec son harmonica. Nous tentons de gérer le canapé d’une des filles. Ce sera la chambre d’enfant en mode lit superposé. Matelas & douches chaudes, 5 jours que nous n’avions pas eu ça.

Redwood - Séquoia Bite                                                                Redwood - Séquoia 2

                « Attendez ma femme veut vous voir »

Perdus dans un bled de vieux à 8h du mat, direction : Salon de thé ! Nous faisons tâches dans cet ilot d’anglaises aux bonnes manières, mais nous sommes accueillis avec le sourire. Deux petits jeunes dans une maison de retraite, ça fait toujours plaisir. Le patron vient taper la causette. Quelques minutes plus tard il nous prie de rester. Monsieur a eu sa femme au téléphone et celle-ci veut à tout prix nous voir. Notre programme est vide, nous laissons la serveuse remplir pour la troisième fois notre tasse de café en patientant. « Vous passez à la maison, vous aurez une douche et vous pourrez vous reposer ». Désolé ma tite dame mais on est frais comme des gardons et  propre comme un mioche sortant d’une cuve baptismale. Mamie a le sourire et du temps, elle nous emmènera visiter sa forêt de redwoods, impressionnant géants immortelles, fera quelques détours sur les plages qu’elle apprécie, pélicans et lions de mer, avant de nous déposer à un motel 40 miles plus loin après avoir pris soin d’inspecter l’état des chambres, de la proprio et de s’assurer de la proximité des routes et lignes de bus. Une longue matinée qui finira par de fugaces larmes de notre mamie d’un jour. Nous lui manquons déjà.

                « Quand on a un ride, on en profite ! »

Un vieux van, pas de siège à l’arrière mais un lit, deux chiens et une tite dame comme occupant. Voilà la première image de notre Mère Theresa. Elle traçait la route depuis 5 jours, de la frontière canadienne jusqu’au nord de la Californie pour rejoindre une amie. Ride tranquille, arrêt pour les chiens, ça tombe bien, une bande de rennes sauvages se balade au bord de la plage.  Elle nous demande, où l’on veut s’arrêter pour finalement nous dire que cela ne sert à rien. Pourtant les commentaires de notre Lonely Planet nous ont attiré dans le coin. Mère Theresa est persuadée que nous serons mieux chez sa copine, que nous pourrons poser notre tente sans soucis et passer quelques jours agréables. « Quand on a un ride, on en profite. Venez avec moi, vous pourrez toujours revenir sur votre route après ». Apôtres, nous nous inclinons devant mère Theresa et suivons sa voix/voie. Sa pote, une cultivatrice de marijuana, son terrain de jeu un coin paumé à 40 km de la Highway, un coin qu’on appelle le triangle d’émeraude…Ça se passe de commentaires. Téléportation dans la série Weed, nous posons la tente dans un jardin fleuri de plantes vertes, quand nous remontons au salon, mère Theresa, sa pote et deux autres miss de l’âge de nos mamans (qui ne s’inquiètent pas à la lecture de ce texte car nous sommes encore vivant, en bonne santé et dans une bonne auberge conventionnelle) sont en train de faire tourner. En bas sa gamine de 16 ans, permis en poche, roule un pur pour Thérèse, elle part en France l’année prochaine pour découvrir le monde et apprendre la langue. Le salon est éclairé de ces bulletins de notes aux commentaires élogieux. Puff Puff Pass. Ce sera 3 jours et 2 nuits au rythme tranquille de la floraison, des colibris qui tournent autour d’un nichoir, de la voie airplanienne de notre hôte sur son piano et en compagnie d’un loup domestiqué.

Loup                                                                 Ganja Family

                « Boommmmm !! »

Eclair, fumée, boucan d’enfer. Un feu d’artifice (ou une bombe artisanale ?) vient d’exploser à deux mètres de nous. La plage est remplie de pickup, de bières et d’américains sans idées. Ici la fête nationale c’est juste une occasion de faire du bordel. Le spot est magnifique mais les ricains n’organisent rien, si ce n’est des gros barbecs. Les feux d’artifices pètent dans tous les sens. Un fatras de lumière qui n’a pour seul but de montrer qui a la plus grosse …fusée… rouge ou verte. Du vent, la forêt au-dessus de la plage. En remontant à patte vers notre baraque du moment, les camions de pompier défilent. L’intelligence américaine Un feu d’artifice aura foutu le feu à un paquet d’arbres, fleuretant aux pieds de deux baraques. Notre maitresse de maison a vu les flammes de loin et était prête à décamper, comme tous les habitants du coin apparemment. Les autorités locales signalerons que deux jours plus tôt, au vue de la chaleur, le même incident aurait cramé la moitié de Shelter Cove. Shelter Cove, bourgade cachée en bord de mer, difficile d’accès, surnommée Lost Cost, connue pour sa Black Sand Beach. « Du sable ou des cendres ?», titre foireux que les canards du coin n’ont pas eu à faire grâce à une nuit clémente et des pompiers réactifs.

Pano Black Sand Beach

« Fuck, that’s means be in love in French? »

Les automobilistes du nord de la Californie sont plutôt cools. Ils s’arrêtent pour discuter même s’ils peuvent rien pour nous, où nous déplacent de quelques miles pour nous déposer dans des coins plus propices, quand ils ne nous offrent pas quelques gifts locaux. Le dernier ride vient tout juste de nous larguer, Matt défie le Dieu du stop, croisé d’Hermès et de Saint Christophe avec une casquette Ferrari, de ne pas décrocher son sac des épaules. Un moment de faiblesse, le sac va toucher terre…et non, une caisse s’arrête. Banco. Deux femmes nous embarquent sans trop savoir où l’on va. Deux femmes de Santa Barbara ça jacte, ça piaille tellement qu’on se demande ce qu’on fout là. La musique est à fond, ça chante et raconte ses histoires de cœurs en nous ignorant. La caisse s’arrête toutes les 10 minutes, un coup pour les « restroom » (nom débile, qui voudrait « rester « aux chiottes dans une station essence paumée ?), un coup pour gratter à la loterie, un autre pour empocher ses gains. Ca jacte, ça piaille, elles sont délurées mais nous nous incrustons au fur et à mesure dans les conversations, « Fuck, that’s means be in love in French ? » … je ne pense pas non…. L’une aurait perdu son mec à la guerre, l’autre commente son Facebook, les deux semblent habiter une réserve indienne, quand elles nous parlent c’est léger et joyeux. La musique a beau être pire que celle d’un mauvais drag show, nous sommes contents d’avancer. Le midi nous étions dans un coin paumé à griller au soleil, des pièces de barbecue sauce bitume. 5 heures de route et 230 miles plus tard  et nous voilà traversant le Golden Gate Bridge. Entrée fracassante dans Frisco!

Gagner à se perdre – PCT n°2

Jour 1 / Près de l’eau, près de l’au-delà

La forêt a enfilé son linceul. Imposante présence, des noirs, bleus charbons, argents,  la pluie sature d’orange les couleurs restantes. L’ensemble couvert de blanc, d’un blanc gris _ fin du monde / La route de Cormac McCarty sans les cannibales. C’est beau mais c’est la désolation. Des hectares de brûlés. Au bout de trois quart d’heures de marche nous voulons en sortir. La forêt a enfilé son linceul,  laissons la faire son deuil, déjà les jeunes pousses s’agitent.

5h que nous marchons, forêts bordéliques obligeant à enjamber les troncs, clairières apaisantes, chemins boueux où les moustiques indiquent les marais, les paysages défilent au grès des pas et des gouttes d’eau. De l’eau insuffisante pour nos camel bag, un détour d’une petite heure au programme pour se ravitailler à une source repérée sur la carte. Plaisir simple et gratuit.

16 miles sous la pluie pour la première journée et quelques coins de ciel bleu en soirée pour nous faire espérer. Pas de feu. Nous nous prenons des douches toutes les 10 minutes. Repas et thé sur 30 cm² de sec, un peu de musique pour se détendre, la soirée ne s’éternise pas à l’inverse de la pluie. 6 miles d’avance sur la deuxième journée.

Jour 2 / Cliff Lake

Au réveil les averses nous font traîner sous la tente. Nous n’avons que 2 heures de marche si tout se passe bien, mais il nous faut du soleil. Sinon nous devrons continuer à avancer.

21h près du feu. L’eau est dans le lac en face de nous et non dans le ciel. Enfin ! Depuis midi les nuages nous ont laissé du répit. L’étendue d’eau s’endort, la rivière ronronne. Une truite de temps en temps réveille les envies de pêches sauvages. Le bout de fil et l’hameçon trouvés sur un ancien campement n’ont pas suffi à nous ramener un apéro digne de ce nom.

Mériter un paysage, cela apaise. Plus de 20 miles en deux jours, les trois quarts sous la pluie, 19 kilos dans le sac, un poncho déchiré, des fringues alourdies par la flotte et la poussière, une grôle trempée. Peu importe Devil’s Peak a dévoilé son chapeau et Cliff Lake nos addictions de jump. Les colibris font vrombir leurs ailes au-dessus de nous, les truites restent revêches alors que le bois pétille dans les flammes. Seul au monde, là / un paysage qui se découvre / comme une récompense / cela apaise.

Jour 3 / Satan dans la neige

Nous nous étions un peu éloignés du tracé du PCT pour passer la nuit à Cliff Lake. Au vue du plan, continuer sur un chemin annexe pourrait nous faire rattraper le PCT rapidement sans alourdir le nombre de miles…au vue du plan.

De la neige, de la neige, de la neige et pas de sentier ! Les premiers kilomètres se sont déroulés tranquillement mais là nous commençons à comprendre pourquoi la montagne que nous abordons s’appelle Lucifer Peak ! Nous sommes sur le versant nord et à cette époque il y a encore de la neige…un sacré paquet même. Le chemin se cache sous cette blancheur…Lost ! Quelques centaines de mètres, soit 15 min de marche, où le doute planait, c’est sur nous avons perdu le trail.

Carte, boussole, altimètre. Les sacs se posent sur la neige, inspection des alentours. Carte, boussole. Nous envisageons de suivre la courbe que le tracé emprunte, incertitude. La voie parait compliquée. Si ce n’est pas de la neige ce sont multitudes de caillasses à l’équilibre précaire qui habillent le flanc abrupt de la montagne. Carte, Boussole, souvenir des conseils d’un oncle : « Une fois sur le trail, ne le quittez jamais, jamais ! » Carte, boussole, demi-tour vers le dernier indice de chemin. Une demi-heure d’hésitation, mais devant nous les quelques mètres de terres visibles paraissent être un sentier.

La dernière partie de la montée se fera à l’instinct. Entre chaque bout de terre, borne d’espoir du sentier, des centaines de pas s’enfonçant dans la couche neigeuse. Un bâton pris à la montagne vient accompagner notre équipement. La neige vient titiller nos cuisses. Les crevasses nous font quelques frayeurs, le paysage nous laisse rêveur. 3 miles / 3 heures, nous avons vaincu le diable mais il nous reste à minima 8 miles au programme et plus aucune certitude quant à l’état du chemin.

Pour le bonheur de nos jambes se sera le seul passage vraiment compliqué…quelques temps après nos âmes en redemanderaient tellement l’ascension était vivifiante. L’insouciance nous fera faire un second détour d’une heure, peu dérangeant. Des anciennes traces de bâtons, sur une plaque ayant fondue dans la journée, feront goûter à Matt les joies d’un toboggan dangereux à flanc de falaise. « Et si je saigne ça donne des points en plus ?!!! »

Journée éreintante. Un ancien campground découvert au dernier moment. Plaque de neige survivante prête à être bouillie et filtrée et nuée de moustiques au menu du soir. Le matin suivant le premier réflexe sera de rallumer le feu pour chasser ces myriades de nuisibles.

Jour 4 / Habitude

Objectif : Fourmil Lake, le temps clément nous fait pousser des ailes. Nous aurons le droit de reposer nos pieds dans l’eau fraîche dès l’après-midi. Autour du lac, trailers et pêcheurs, nous n’avions croisé que 3 personnes en 2 jours, le début de civilisation n’incite pas à rester, malgré les quelques discussions sympathiques : « Il vous reste pas mal de route, vous voulez un ride ? » « Non, nous marchons» Incompréhension. Il nous reste une dernière nuit avant de descendre dans la vallée, nous préférons refuser le lac pour goûter à la solitude un dernier soir.

19h les pas défilent sous les attaques sauvages de moustiques, hormis le sentier lui-même, rien aux alentours ne semble pouvoir accueillir notre campement sur ce flanc de montagne pentu. Oubliant le dénivelé, nous gardons un bon rythme, conscient que si aucun spot ne nous semble correct, le parcours se finira à la lampe frontale. Le ciel se dévoile de plus en plus, les arbres se clairsèment légèrement, un dernier virage. Vide. 20h30, le soleil tombe, la vallée s’étend en face de nous, nous grimpons un dernier promontoire, vue splendide, apéro, le sunset laisse place à un son et lumière dans la vallée. Les éclairs épicent nos nouilles chinoises, les étoiles relèvent le goût du thé. Nous dormirons là, la tente coincée entre le chemin et la caillasse.

Nuit 4 / Une nuit rongée

Craquement de branches (ou de tronc ?), frétillement autour de la tente, un rongeur semble vouloir s’amuser avec nos bouteilles qui traînent dehors. Lumière / chanter / crier. Extinction des lampes… krrr, krrr, bruit de plastique. Ce jeu dure quelques minutes. Un AVNI (animal vivant non identifié) passe par-dessus la tente en pliant la toile. Une biche alerte ? Une patte d’ours ? Un rongeur qui fait du toboggan ? Lumière / chanter / crier… avant l’exclamation fatidique : « Il m’a pris une chaussette ??!!! L’enfoiré il m’a piqué une chaussette ! je te jure je la trouve pas ! ». Nous quittons les duvets pour partir à la recherche de chaussettes, de rongeurs ou d’indices à 2h du matin. Les paroles résonnent dans le ciel, histoire d’éloigner les potentiels ours (l’harmonica est trop loin dans le sac). Crainte pour le sac de bouffe que nous avons laissé entre deux rochers sur le pic suivant. « ‘tain tu vois il avait ma chaussette ! le §*%*µ£ il a essayé de la bouffer ! » Paco jette vainement des pierres dans ce qu’y semble être une cachette de rongeur. Gentil vengeance pour ces heures de sommeil en moins. Les sacs s’engouffrent à l’intérieur de notre ridicule tente. 2 sacs, 2 hommes baraqués, la nuit est compacte.

Jour 5 / Grisés

Le sac de bouffe a été rongé, le pain est foutu, mais le café au sommet de la montagne efface aisément cette anecdote. Dernière descente. Le backpack se fait léger. Nous profitons de ces ultimes instants loin du monde. Une première route bitumée guide notre envie vers une première gorgée de bière pour fêter ça, toute motivation est bonne pour se retour à la civilisation.

Lake of the Wood s’étend devant les bières, salade et PC pour vider les témoignages de notre première rando. Les sacs (et notre propreté ?) attirent les sourires et un serveur affable. Un groupe s’installe sur une scène un peu plus loin. L’endroit nous convient bien pour une pause, mais le planning est serré. Cartons sur la table, les pancartes se préparent en attendant la motivation pour rejoindre les bords de route. « OCEAN », « GRANDPASS », « :) », quelques dessins naïfs, « Funky Road ». Rejoindre l’océan rapidement et se poser pour rafraîchir les sacs, les fringues et les bonhommes. Voilà le programme qui tourne dans nos têtes alors que les bières débrident le manège de nos pensées.

Uncle Greg

Uncle Ben ? Un riz savoureux en moins de 10min / Uncle Greg ? Un lit savoureux en moins de 10min.

« Never paid for a campground ! » C’est la première leçon d’oncle Greg. Son premier conseil fut pour le choix de la bière dans le restaurant. Attablé non loin de nous, il s’est vite glissé dans la conversation pendant que sa femme nous servait.

Quelques mots en français, Monsieur a une fesse belge. Sourire taquin à la vue de nos backpacks, échanges à distance sur nos motivations réciproques à être perdus à Crater Lake…

Hum, très bonne cette bière, merci pour le conseil … ? « Greg, my name is Greg » / « Matt, Paco » présentation de rigueur, la conversation devrait durer. Greg : capitaine de navire sur Crater Lake / Sa femme, Cathie : sert actuellement une bonne bière, puis de la « dog food » selon son cher et tendre / Matt et Paco : en attente du beau temps pour trecker le PCT.

A ces 3 lettres, notre voisin de table pivote d’un quart de tour et s’intéresse à notre parcours. Point de départ, arrivée, connaissances, expériences de randonnées…c’est peut-être à ce moment qu’est né un certain paternalisme. Nous transpirions l’envie, la frénésie et l’inconscience. Nous sentons l’âme du capitaine rajeunir dans la nuit, non pas pour venir avec nous, mais bel et bien pour nous guider. Nous transmettre son savoir, goûter aux joies des nouvelles technologies, parce que maintenant « c’est facile ». « Là où vous avez 19kg sur le dos, j’en avais 30 ! »

Poissons panés, calme et volupté, repas bien mérité…

Les conseils et les questions reprennent en fin de repas et Greg nous confirme l’invitation faite plus tôt à venir dormir dans son trailer (la caravane de chez eux). Les arguments du « sec, bon lit et douches chaudes » auront raisons de nous. Malgré un emplacement de camping déjà réservé, ce sera un grand oui !

Chargements de sacs dans l’énorme pick up, quelques minutes de route et « Bim ! ». Ce n’est pas une caravane, c’est un palace !  Aussi grand que l’appart de Matt ! Jusqu’ici tout va bien…

Greg's palace trailer

Nous prenons connaissance des lieux, déplions notre lit, quelques recommandations d’usage sur l’utilisation de l’eau…jusqu’ici tout va bien.

Parenthèse de mise en garde à la Blue Steel Democrat : « Au faite les gars, ma femme n’est pas rassurée que vous soyez là, alors vraiment jouez pas aux cons, il y a 7 armes à feu autour de vous… »

Voir/ …Boom/ Entendre/ Ne plus entendre/ Sentir/ Toucher…presque goûter les fruits d’une de ces petites bêtes à tuer. L’important ce n’est pas la chute, mais le lieu de l’atterrissage !

glups oui chef nous serons sage.

Pseudo instant de réalisation de la minute passée, pas le temps de réfléchir « bon, vous prenez une bière et vous choisissez le film les gars » à la vue des premières bières vides, explication de l’american way of life : « et la poubelle pour le verre c’est simple… » et Greg ouvrit la porte du trailer pour jeter au loin les cadavres.

« OK greg, 127h, ça te va ? » Il ne sait pas mais ça n’ira pas ! de cette séance cinéma, Greg n’appréciera que la bière et les chips. Cathie revient de son service, la soirée s’étend pour faire plus ample connaissance avec notre nouvelle famille avant de goûter à un sommeil moelleux…

Au réveil, le mauvais temps est toujours suspendu au-dessus de Crater Lake, pour au moins deux jours. Greg nous demande de rester une journée de plus pour éviter trop de pluie et nous conseille de tout emballer dans des sacs hermétiques avant le départ. Tout tout tout même si vous avez des sur-sacs étanches vous m’emballez tout, expérience quand tu nous tiens.

Œufs-Bacon-Toast-Café en regardant la pluie et le brouillard sans qui la vue serait imprenable sur Crater Lake. Nous sentons comme un air de rentrée tous les 3. Greg entame sa saison demain et nous le PCT. Mélange d’envie, d’incertitude, de nostalgie en avance du confort actuel, nous profitons de l’instant posément. Nous grimpons dans le pick up pour une Ballade autour du Crater et des histoires de notre Shérif. Sur le retour les conseils de Greg fusent toujours. Une halte pour discuter avec les rangers de notre futur périple. Derniers achats de rigueur, retour au trailer et nous bouclons nos backpacks pour être prêt à 6h demain.

Mais …pourquoi « UNCLE » Greg ?

  1. Pour aller récupérer les 20$ de réservations versés au camping avant d’aller au resto. Oncle Greg est né. « Never paid for a campgroud !! » L’oncle maitre des lieux négocie avec la guichetière du camping. Matt doit repasser plus tard récupérer l’argent. “Sorry I didn’t think to see my uncle this night but he was at the restaurant so… » Jouons le jeu. 
  2. Pour justifier notre venue au repas de début de saison des capitaines de la flotte de Crater Lake. « Donc, ta mère : Jeannine / Jah-nine avec l’accent / Oh it’s beautiful », Cathie et Greg adore le prénom) est ma cousine …patati patata..ok ?! ». Une petite phrase de présentation et l’affaire est bouclée, les locaux ne semblent pas aussi suspicieux que les prévisions de Greg.

Soirée sympathique au rythme du défilé de bières, de bons plats (si, si c’est vrai !!) et des histoires de marines et de guerre du golf d’un « Môsieur » de la Navy. A entendre ses anecdotes, nous ne pouvons que nous demander comment ce mec peut encore être vivant.

« Et là un mec de la CIA nous préviens que deux missiles arrivent droit sur le navire…dans 30 secondes. Je lui ai demandé comment tu le sais ? La question ce n’est pas comment je le sais, c’est que je le sais… »

Debout c’est la rentrée les enfants, 6H, il est l’heure. 6h30, Greg nous dépose devant le sentier, un insigne en triangle, «Here we are again et ce coup-ci pour de bon ! ». -“Welcome to the PCT, don’t be too wet, text me when you arrive, …and enjoy guys!”, -“Thanks Uncle Greg, we’ll say Hy to your cousine!!

Rencontre éphémère, nous avons gagnés deux nuits au chaud mais surtout un nouvel oncle!

Greg & Cathie rt paint

Un coup de froid – PCT n°1

Diamond Lake, enfin ! Après une longue journée de stop, nous voilà arrivés au point de départ tant attendu de notre trek. La sinueuse et scénique ascension finale, à dos de pick-up et sous l’œil attentif de Rod, notre chauffeur, nous fige un sourire béant le temps d’avaler ces derniers miles sous le soleil…Quelques recommandations d’usages de la part de notre « bon américains » et le voilà reparti suivi de sa barque roulante et pléthore de lancers, moulinets et leurres en tout genre.

rod- A l'arrière des PIck-up

Un coup de froid.  Le sentier montait depuis que nous avions entamé de rejoindre le PCT. Aucune envie de payer le camping au bord du lac, nous avions alors entrepris de grimper directement sur le sentier et dormir au pied du mont Thielsen.  Un couple de trekkeurs c’était proposé de nous déposer au trailhead. Deux miles de gagné. Go.

Un coup de froid, on nous avait dit que les conditions n’étaient pas optimales pour les prochains jours, mais on ne s’attendait pas à ça aussi bas. Un coup de froid, la température baisse encore. De la neige. Les chaussures crissent, s’enfoncent. Nous sommes en  juin, depuis vingt jours / soleil, et là, l’hiver s’accroche aux pans de la montagne.

Deux heures pour monter, en face de notre tente, le mont Thielsen ignore la chaleur de notre feu et laisse bronzer ses plaques de neige avec indifférence. Grognement profond, ce bruit sourd sort de la terre, l’ours n’est pas coupable. On descend vers les 0 degré, 3 fois rien, mais une telle vue n’a pas de prix, il y a une odeur de fun qui rode !

Mont Thielsen

Pluie, semblant de neige, le brouillard se mélange aux vapeurs du café. Ce matin un randonneur arrive de notre future destination. Il s’arrête devant la tente. Bâtons, snowshoes, air abattu. « Deux miles en trois heures ce matin ». Trop de neige, trop dangereux. Il rentre à la Lodge de Diamond Lake. Peu de temps après nous suivons ces pas, sans un cm² de vêtements au sec. La soirée a été à part mais nous ne sommes pas préparé à ce coup de froid. 19 kilos sur le dos et pas d’équipement adapté. Crater Lake, notre premier objectif, sera au final le point de départ de notre deuxième tentative. Clin d’œil au ciel, il faut que la météo suive.

Crater Lake a été vu en voiture,  en compagnie de deux français qui nous ont pris en stop.  Nous les avons motivé à éliminer leur Mcdo en grimpant vers le plus haut pic près de nous. Le quart d’heure de marche se transforme en une heure. En haut la vue est incroyable. Reflet d’éternel dans ce cratère. Plus profond lac des Etats Unis et septième du monde. Old man, cette vieille branche, y sécherait ces guêtres depuis plus de cent ans. La pluie nous glisse un arc en ciel. Sylvain et Mathilde nous déposent au camp sud. La rencontre fut fortuite et agréable. Avant de les laisser filer vers la côte, nous payons le ride en leur offrant une bière / la pluie est toujours là. Pour eux la chaleur d’une voiture avant un couch surfing a Grand Pass, dans la chaleur d’un appartement sûrement. Pour nous, un montage de tente humide dans un campground à 21 $. Pas de quoi nous enchanter. Nous visons le resto histoire d’être un moment au chaud. L’avenir se laisse surprendre lorsqu’on a le temps.

Crater Lake - Mathilde et Sylvain

Des dingues et des paumés

Seattle, première étape aux Etats Unis, déjà nous avions été avertis. Le guesthouse se situait à la limite entre Downtown et Chinatown : “trainer pas devant le soir”, “Black Market & Junky”. Les camés semblaient descendre dans le métro pour enfiler leur dose. Coke, crack, peu importe, ils remontaient l’air hagard. Parfois 5min cool, parfois 10min down _ Down-town _ Pas évident de faire la conversation avec un zombie la nuit quand on passe la journée à jouer au touriste. Pas de quoi être mal à l’aise non plus. L‘auberge est à 10 pas, ils semblent tous le savoir. La ligne Maginot veille sur nos têtes de Français.

Puis Portland. A la sortie du bus, un vieux couple nous aborde : « Vous êtes là pour la gay pride? ” Pas vraiment, Bicyclette City n’est qu’une étape pour prendre le temps de préparer le trek sur le Pacific Crest Trail (PCT). La traversée de la ville, à la recherche d’une chambre libre, nous met dans le bain. Des têtes étranges se promènent dans la ville. Une jeune, courbée par les acides, passe en parlant à ses mains, des gens trainent leurs yeux, leurs pas non pas plus de sens que leurs mots, leurs maux censés ? Pas à pas, ils s’entendent à défaut de nous voir. Arc en ciel, cuir, drak, ceux-là doivent être ici pour la gay pride.

Portland – Diamond Lake. Hitch-hiking pour faire face aux mentalités. Les conducteurs détournent le regard. A l’entrée de la highway un mec nous fait comprendre qu’il faut stopper ailleurs. C’est son terrain pour grappiller la bonté des gens. Le chauffeur de bus nous offre le billet pour nous emmener sur un autre spot, compassion? Dans le bus : « Vous voyagez?… mon fils vient de me demander si vous étiez homeless. » Ici ce n’est pas des hobos, mais bien des paumés qui semblent errer dans l’effervescence des city, dans le vide de leurs vies. La journée de stop nous amène à Roseburg, patelin sans intérêt hormis celui de nous approcher du PCT. Minuit, nos chauffeurs Mexicanos nous déposent. Nous demandons à un jeune du coin la direction d’un camping. Après 1h30 de marche, nous comprendrons qu’il indiquait une mission pour sans-abris. Le pompiste nous tient le même discours, nous explique ses bons plans de soirées arrosées, un tas d’écorce qui lui tient chaud près de la rivière mais pas possible d’y mettre une tente, il nous détaille les coins où les vagabonds crèchent, . « Vous êtes deux, ils ne devraient pas vous poser de problème! «  Rapidement ce « ils » prend forme. Le premier coin que nous repérons est déjà occupé. Il est tard / les mecs pioncent / ce n’est pas plus mal. Nous choisissons le terrain de disk golf, peut-être moins visité par les paumés du coin. Au réveil le premier shop d’ouvert est pour eux, un Fox Den. Des prix cassés, 2 $ muffin plus café. Un panneau sur la porte « no short, no shoes, no service ». Des machines à saoul, où les frappés perdent leur temps pour l’occuper. Dès l’entrée les regards se posent sur nous. Commande rapide et direction le parking pour ne pas les déranger, pour ne pas nous déranger ? A peine 2 minutes s’écoulent avant d’entendre de loin un futur client du Fox Den.

Les missions stops sont galères, les dingues et les paumés traînent sur beaucoup de routes. Les conducteurs qui nous embarquent le font car ils nous pensent « safe ». Un vieux nous dit que c’est comme ça depuis le Vietnam. Nous opterons bientôt pour un simple panneau « French » afin de rassurer, peu importe la destination tant que l’on avance. A l’approche du PCT, les gens connaissent les trekkeurs, le backpack les choque moins. Plusieurs nous ont défendu de stopper en Californie, surtout près de Vegas ou des fermes de ganja. Creeps & Crazy. Plusieurs nous avouent prendre pour la première fois des stoppeurs. Espoir de transformer leur crainte ? On se demande d’où sortent tous ces paumés? Est-ce nous qui sommes dingues?

HFT- Des dingues et des paumés

Mise au verre & Fusée Cornichon

« A deux pas de Portland, venez-vous relaxer à l’auberge de McMenamins, au calme du large domaine de Edgefield. Une ou plusieurs nuits de rêves en famille dans de somptueuses chambres privées ou plus simplement entre amis au cœur d’un luxueux dortoir aux matelas moelleux et parquets d’époque. Goûter dans nos restaurants et bars aux joies de nos productions maisons, légumes, bières, vins et liquoreux. Vous profiterez au cœur du vignoble de nos activités comme le golf, le billard, la piscine et le spa…et de nos maintenant réputés concerts accueillant les plus grands artistes. »

Pola Mc 1

C’est dans ce somptueux domaine que Rustik Mag USA a eu le privilège d’interviewer, une semaine avant leur représentation, les membres du Cover Band Rustik from France,[button color= »grey » href= »https://www.facebook.com/rustik.rockagricole?ref=ts&fref=ts » target= »_rustik »] venus se préparer et se relaxer avant le début de leur nouvelle tournée d’été. Reportage !

RustikMag (RM) : « Qu’est-ce qui vous a amené ici ? »
Cover Rustik (CR) : « La fête de la musique bien sûr !! A l’initial on devait dormir sur Portland mais gay pride oblige, c’était complet partouze »

RM: « Quelle fête de la musique?? »
CR : « Le 21 juin ! »

RM : « Connais pas, y’a rien de spécial chez nous »
CR : « A merde… ba ça empêchera pas de chanter…y’aura p’tet même plus de monde ? »

RM : « Quel est votre programme ? »
CR : « Ba les grands classiques : Gherkin Rocket, le Zizi en l’air, Rudi Voller… »

RM : « ….enfin votre programme de récupération sur les prochains jours? »
CR : « On a vu la scène ce matin, ça met un peu la pression donc on va y aller cool. Se coucher tôt déjà, se balader dans les jardins et les vignes. On s’est prévu un petit golf mercredi avec l’ingé son. Certainement une soaking pool (30°C ndlr) si on a un peu trop abusé, histoire de se requinquer avant les balances de demain. »

Pola Mc 2

RM : « Que pensez-vous de nos vins, bières et liquoreux maisons ? »
CR : « Ba c’est pas du Père Julien … mais faut avouer que ça gratte moins et que ça fait aussi bien le travail. La bière on en a fait que 10 sur 14 pour l’instant et les liqueurs juste 2 ou 3, faut pas abuser avant le concert…mais on pourra en reparler après si vous voulez ! »

Pola Mc 3

RM : « Et donc pour cette… « Fête de la musique », comment vous vous sentez ? »
CR: « Ah ba Déteeendu, … déteeendu, déteeendu ! Et vous? vous sentez déteeendu ? »

RM : « Huumm… Je sais pas, je me sens … pas bieeen … je crois que je vais rentrer chez moi»

Cover Band Rustik from Ras Poutine on Vimeo.